Ruches de biodiversité

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L’ABEILLE MELLIFÈRE SAUVAGE EN LIBERTÉ

By on 24 avril 2016

L’ABEILLE MELLIFÈRE SAUVAGE EN LIBERTÉ ou AVETTES SAUVAGES EN LIBERTÉ

SAUVAGE ET NEGLIGEE

Tel est le titre d’une série d’articles préparée par Vincent Albouy, naturaliste complet, entomologiste, et ardent défenseur de la ruche de biodiversité ou ruche de conservation.

Avant-propos…

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L’abeille mellifère, c’est à dire l’abeille des ruches, l’avette des poètes de la Renaissance, est souvent plus connue sous le nom d’abeille domestique. Contrairement à beaucoup d’animaux d’élevage, elle n’a pas été introduite chez nous depuis d’autres parties du monde. C’est une espèce sauvage en Europe, présente avant l’homme dans nos régions.

Les colonies sauvages se passent des soins comme des prélèvements des hommes. Elles sont confrontées aux mêmes menaces que les colonies domestiques : intoxication par les pesticides, parasitisme par le varroa, prédation par le frelon asiatique, maladies dues à des carences ou des micro-organismes, famine par destruction de la flore mellifère sauvage…

Mais à cela s’ajoutent des menaces qui leur sont spécifiques : manque de sites naturels de nidification, pollution génétique par les sous-espèces étrangères et les hybrides largement employées par l’apiculture pour augmenter les rendements, concurrence des ruches transhumantes, absence de protection légale. Si la loi interdit en effet la destruction des abeilles domestiques, elle accorde une dérogation quand il s’agit d’essaims sauvages. Jusqu’aux scientifiques qui les ignorent : leurs travaux sur l’abeille domestique sont innombrables depuis trois siècles, mais ceux en français sur les colonies sauvages se comptent sur les doigts des deux mains !

 

Un mouvement a vu le jour depuis une vingtaine d’années parmi certains apiculteurs pour la sauvegarde des populations d’abeille noire. Cette sous-espèce, qui occupait seule nos régions jusqu’au XIXe siècle et l’avènement de l’apiculture moderne, était parfaitement adaptées aux conditions locales. Des sous-espèces étrangères et des hybrides sont aujourd’hui largement utilisées par les apiculteurs car plus douces et plus productives. L’abeille noire produit peut-être moins de miel mais elle nécessite moins de soins, d’où le regain d’intérêt dont elle bénéficie au moment où la pollution génétique par les sous-espèces introduites et les hybrides a pratiquement fait disparaître les souches pures. Des conservatoires ont été créés un peu partout : sur l’île d’Ouessant comme sur l’île d’Yeu, en Normandie comme en Provence, dans les Cévennes où la ruche-tronc si confortable pour les abeilles mellifères est remise à l’honneur.

D’autres apiculteurs, comme John Kefuss et Maria Bolt près de Toulouse, ont travaillé à la sélection de souches résistantes au varroa plutôt que d’introduire encore et toujours des molécules toxiques au cœur du couvain, qu’elles soient naturelles ou issues de la chimie de synthèse. Il est regrettable que leurs remarquables résultats rencontrent si peu d’échos chez leurs collègues.

P1 Abeille avec varroa2 VAVarroa sur abeille noire

D’autres encore comme Gilbert Veuille préconisent de laisser au moins une partie des ruches subir la sélection naturelle, sans soin mais sans prélèvement de miel, avec le concept de « ruche de biodiversité » développé par Bernard Bertrand sur ce site.

Considérées du point de vue de l’homme, toutes ces initiatives restent dans le cadre de l’apiculture, c’est à dire d’un élevage dans des ruches conçues pour pouvoir intervenir jusqu’au cœur du nid. Si nous considérons la question du point de vue de l’abeille, que recherche-t-elle ? Un logement le plus confortable possible et surtout inviolable où le cœur de la colonie, en particulier le précieux couvain, reste à l’abri de toute perturbation extérieure, y compris les mieux intentionnées. Ainsi logée, elle peut tenter d’affronter seule les nombreux défis qu’elle doit relever dans notre monde moderne.

C’est cette aventure avec les abeilles mellifères sauvages que je vous propose de découvrir dans les pages qui suivent, et de vivre vous-même si vous décidez de passer à la pratique. En apprenant à mieux les connaître, vous pourrez apprécier la richesse qu’elles représentent pour l’avenir de l’espèce. Si nous parvenons à sauver les abeilles, et malheureusement ce n’est pas gagné d’avance vu les nuages noirs qui ne cessent de s’accumuler, ce sera en respectant leurs besoins fondamentaux et non en les contrariant. Faisons-leur confiance pour qu’elles trouvent elles mêmes les solutions. Aidons-les en les mettant dans les meilleures conditions possibles pour y parvenir.

Si vous souhaitez vous engager dans des actions concrètes, vous pouvez contribuer à les protéger efficacement en repérant les colonies sauvages et en les suivant régulièrement, notamment pour leur éviter une éventuelle destruction ou bien en construisant des nichoirs pour capter les essaims qui en sortent et les installer dans des endroits répondant le mieux possible à leurs besoins.

Tout hiver passé sans encombre par ces colonies sauvages sera une victoire pour les abeilles comme pour vous. Toute colonie finira par succomber plus ou moins tôt, mais si elle a essaimé auparavant vous aurez contribué efficacement à assurer l’avenir de la souche en la suivant, en la protégeant, en la logeant.

A suivre…

Vincent Albouy

Contact : avettes-sauvages@orange.fr

Vincent est l’auteur de l’excellent ouvrage intitulé « Abeilles sauvages, les connaître, les accueillir, les protéger » chez Delachaux et Niestlé 2016.

Si le sujet des abeilles mellifères sauvages vous intéresse, vous trouverez dans ce livre un large développement des idées développées dans ces quelques pages.

L’ouvrage présente la vie et les difficultés rencontrées par les abeilles mellifères sauvages et indique les techniques pour repérer les colonies sauvages et les suivre. Il donne des conseils, trucs et astuces pour les accueillir chez soi ou ailleurs : construction d’un nichoir, moyens de le peupler, où le placer, prédateurs et maladies, suivi de la vie de l’essaim par observation de ce qui se passe au trou de vol. Un dernier chapitre donne les conseils de base pour protéger toutes les autres espèces d’abeilles.

P1bis Couverture Abeilles sauvages

 

 

Comments

  1. Martine
    1 mai 2016

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    Bravo pour cette lueur d’espoir. L’action concrète plutôt que l’impuissance, la goutte d’eau du colibri, on est avec vous. Et le pessimisme n’a qu’à bien se tenir!
    À bientôt,
    M

  2. Sylvain du sud Ouest
    16 juin 2016

    Leave a Reply

    J’ai construit ma première ruche de biodiversité, l’an prochain je la peuple, à moins que j’ai la chance de capturer un essaim d’ici à la fin juin 2016.. on peut l’espérer.

    j’ai un projet: créer autour de chez moi et de mon rucher
    à quelques km
    un certain nombre de ruches de biodiversité,
    et ne plus m’en occuper , surtout!!

    le projet est d’avoir des faux bourdons rustiques, naturels et VSH .
    car dans mon rucher de warrés, je ne traite pas.

    Sylvain
    (Groupe Facebook = « Ultra Warré » )

    • Didier Skorupa
      18 août 2016

      Leave a Reply

      Bonjour Sylvain,
      merci pour ce respect que vous vouez aux abeilles !
      Tenez-nous au courant des avancées de votre projet.
      Bien à vous,

      Didier

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