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L’ABEILLE MELLIFÈRE SAUVAGE EN LIBERTÉ, second épisode par Vincent Albouy

By on 30 mai 2016

DOMESTIQUES CONTRE SAUVAGES

La domestication de l’abeille mellifère en vue de produire du miel et de la cire n’a longtemps pas porté à conséquence. Les échanges étaient constants entre populations sauvages et domestiques via l’essaimage des ruches d’un côté et l’enruchement des colonies sauvages de l’autre.

Mais depuis une centaine d’années, la donne a changé et les abeilles mellifères sauvages subissent des pressions de plus en plus fortes. Aujourd’hui, les problèmes qu’elles affrontent ne sont qu’en partie les mêmes que ceux rencontrés par les populations domestiques élevées par les apiculteurs et largement médiatisés. Les pesticides, la disparition des fleurs sauvages dans les cultures, les prédateurs, parasites et maladies que la mondialisation des échanges transporte régulièrement d’un continent à l’autre affectent tout autant leur survie. Pour notre pays, le varroa depuis une trentaine d’années et le frelon à pattes jaunes depuis une dizaine d’années ont provoqué un recul important des colonies sauvages. A tout cela s’ajoutent la crise du logement, la pollution génétique par les hybrides et sous-espèces étrangères inadaptées au climat local utilisées par les apiculteurs, ou la concurrence des ruches transhumantes.

abeille métisse noire-italienne P2 Abeille métisse noire italienne VA

L’introduction massive de reines de sous-espèces étrangères ou hybrides pollue les gènes des colonies sauvages dont une proportion difficilement évaluable n’est plus suffisamment adaptée aux conditions locales, ce qui accroît la mortalité en hiver. L’évolution de l’agriculture et de la sylviculture a considérablement raréfié dans des régions entières les sites de nidifications naturels, arbres creux autrefois si nombreux dans les haies conduites en têtards ou dans les forêts aux vieux peuplements, ainsi que les ressources en fleurs sauvages butinées tout au long de la belle saison.

Dans ce contexte de pénurie, il peut se produire des effets de concurrence déloyale entre abeilles mellifères domestiques et sauvages. Quand un rucher transhumant est apporté dans un endroit au moment d’une miellée, les abeilles domestiques des ruches font par leur nombre une forte concurrence aux abeilles mellifères sauvages, comme à beaucoup d’autres espèces d’abeilles sauvages d’ailleurs. La miellée finie, les abeilles domestiques sont soit transportées ailleurs, soit nourries au sucre si les ressources en nectar sont insuffisantes, alors que les colonies sauvages, qui n’ont pu accumuler autant de réserves qu’elles auraient pu à cause de cette concurrence, doivent se débrouiller seules.

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Rucher dans un sous-bois (17)

Les colonies sauvages bénéficient toutefois de certains avantages. Elles sont moins sujettes aux maladies contagieuses car elles sont dispersées. Le cœur de la colonie, et en particulier le couvain, n’est pas dérangé par l’homme. Elles peuvent bâtir, élever le couvain d’ouvrières, de mâles et de reines, essaimer à leur convenance. Elles disposent pour passer l’hiver de la totalité des réserves qu’elles ont accumulé à la belle saison. Elles sont soumises à la sélection naturelle favorisant les souches les mieux adaptées pour survivre aux dures conditions qu’elles subissent, notamment à la pression des maladies, parasites et prédateurs introduits par l’homme en Europe.

Il est illusoire de penser qu’en laissant agir la sélection naturelle dans les colonies sauvages, l’abeille noire réapparaîtra dans toute sa pureté. Sans intervention active de l’homme, par isolement des colonies, par insémination artificielle ou tout autre moyen, le métissage avec les autres sous-espèces et les hybrides est inévitable. Mais seront sélectionnées des lignées peut-être non pures génétiquement, mais aussi bien adaptées aux nouvelles conditions que l’homme leur fait subir que l’abeille noire commune d’autrefois l’était aux conditions qu’elle rencontrait.

 

Comments

  1. Olivier
    26 septembre 2016

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    Les races hybrides « idéales » type buckfast finissent toujours pas s’assombrir, parce que les espèces « noires » sont bien mieux adaptées : la production ne fait pas tout.
    Le souci, c’est qu’avec les chutes répétées de la production de miel, les apiculteurs pro cherchent à rendre toujours plus productives les abeilles, sans réaliser qu’ils contribuent, en partie, à leur affaiblissement.

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