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Les nids dans les autres cavités

By on 28 mai 2017

Certaines colonies d’abeilles n’hésitent  pas à élire domicile dans des endroits parfois très insolites.

Lors de son enquête, le docteur Canteneur n’a enregistré que 22 colonies nichant dans une cavité d’un rocher. Cette pauvreté s’explique en partie par le manque de sites favorables dans la plupart des régions de plaine, et en partie par des raisons climatiques. En effet, la majorité des données qu’il a recueillies proviennent de la région méditerranéenne. Les autres proviennent de départements dispersés (Hautes-Alpes, Haute-Garonne, Haut-Rhin, Charente, Finistère).

Le docteur Canteneur définit trois type de cavités occupées par les abeilles mellifères dans les rochers : trou dans une paroi accessible par une fente étroite, voute d’un rocher en surplomb, voute d’une grotte ou d’un grand trou largement ouvert. Ces colonies, quand elles sont installées sur des parois abruptes, sont relativement bien protégées des prédateurs, et difficiles à repérer.

Les cinq cavités naturelles diverses relevées dans l’enquête sont pour trois observations des terriers de lapin, pour les deux autres l’espace entre le tronc d’un arbre déraciné et le sol. Les nids à l’air libre sont anecdotiques. Sous nos climats, ils survivent très rarement à l’hiver.

Les abeilles mellifères trouvent en milieu rural, mais surtout dans les zones urbanisées, de nombreuses opportunités de se loger plus ou moins confortablement dans des constructions humaines. Les cheminées viennent en tête du classement du docteur Canteneur. De diamètre idéal pour les abeilles, elles sont souvent désaffectées dans les immeubles anciens par l’installation massive du chauffage central ou électrique depuis un demi-siècle. La sortie discrète des butineuses au niveau du toit fait souvent passer inaperçues des colonies établies depuis des années, détectées par hasard, à l’occasion de travaux par exemple. Et quand ces colonies sont repérées, la difficulté de les déloger fait tolérer celles ne causant pas de nuisance. Le docteur Canteneur signale une longévité de 10 à 20 ans pour certaines d’entre elles.

Colonie installée entre un volet et une fenêtre

Les trous des murs s’assimilent aux trous des rochers, refuges souvent inexpugnables. Hasard ou attrait particulier ? Dans l’enquête du docteur Canteneur, plus de la moitié de ces colonies sont logées dans un mur d’une église. Les constructions bâties à l’ancienne sont les plus susceptibles de posséder des cavités au sein de leurs murs, puisque sont aussi cités des châteaux, de vieux moulins, des maisons abandonnées et même des ruines. La longévité des colonies est importante dans ces vieux murs, et si la colonie meurt pendant l’hiver, un essaim s’y installe à nouveau rapidement.

Les abeilles apprécient également l’espace entre fenêtre et volets restant clos durant des périodes plus ou moins longues, comme c’est le cas des résidences secondaires utilisées uniquement durant les vacances d’été. Mais elles ne peuvent rester longtemps que si les bâtiments sont inhabités. La cohabitation n’est généralement pas possible avec les humains, entraînant le plus souvent leur récupération par un apiculteur ou leur destruction.

Ces abeilles manquaient vraiment de sites de nidification pour s’installer dans un vieux bidon rouillé et écrasé !

L’homme moderne pose, stocke, entasse ou jette une masse de matériels dont certains offrent des logements plus ou moins confortables aux abeilles. L’un de ces lieux les plus cités dans l’enquête du docteur Canteneur concerne les statues métalliques creuses, notamment celles des Christs en croix posés à l’entrée de nombreux villages. Plus rarement, il peut s’agir de vierges ou de saints. Ont aussi été signalées au docteur Canteneur des colonies installées dans des tonneaux en bois, des fûts métalliques, des réservoirs à essence d’épaves, des lessiveuses, des bidons de lait, des seaux divers (de maçon, à peinture et même hygiéniques), des caisses en bois ou en carton, des nichoirs à oiseaux, des boules de clocher, un tube de réverbère, un caveau, une pelleteuse mécanique, un cheval de bois creux, une valise et même une machine à laver ! Une belle preuve de la crise du logement subie par certains essaims et des grandes capacités d’adaptation de l’abeille mellifère.

Vincent Albouy

Contact : avettes-sauvages@orange.fr

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