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LES NIDS DANS LES ARBRES CREUX

By on 30 avril 2017

Les arbres creux, des ressources naturelles pour les abeilles mellifères.

En 1978, le docteur Robert Canteneur, apiculteur et vétérinaire des services départementaux du Haut-Rhin, lançait une enquête dans le monde apicole afin de mieux connaître la nidification des colonies sauvages d’abeilles mellifères. Il remarquait qu’on savait peu de choses sur ces colonies sauvages qui vivent et se développent en pleine liberté et sans l’intervention de l’homme. C’est la seule étude fouillée que j’ai pu trouver sur les abeilles mellifères sauvages en France. Les résultats donnèrent lieu à deux articles publiés en 1982 dans « L’Abeille de France et l’Apiculteur ».

Les 1.169 observations enregistrées sont synthétisées dans le tableau suivant :

Cavités naturelles A l’air libre Cavités artificielles
Arbres …………………… 478 Branches (arbres) et buissons ..154 Cheminées …………….   130
Rochers …………………    22   Murs …………………….  126
Divers ……………………     5   Faux-plafonds ………….   98
    Volets-fenêtres …………   63
    Divers ……………………   93
Total ………… 505 Total ………… 154 Total ………… 510

Le docteur Canteneur a étudié l’origine des trous d’arbres occupés par les abeilles mellifères. C’est le résultat de la dégradation du bois par des bactéries, des champignons, des insectes. Ces mangeurs de bois sont entrés au cœur de l’arbre suite à un traumatisme : branche cassée, gel de l’écorce, impact de foudre (un peu partout), stress suite à un incendie (en Corse notamment), blessures par éclats d’obus (régions de combat lors des guerres mondiales, notamment autour de Verdun), conduite en têtard en coupant la tige principale (dans les bocages de l’Ouest notamment). L’action des pics, remarquablement outillés pour attaquer le bois à la recherche des larves d’insectes, et qui creusent dans le bois vermoulu des loges pour installer leur nid ou pour se réfugier la nuit, accélère la formation de cavités utilisables par les abeilles.

Chêne tétard occupé par une colonie d’abeilles mellifères.

 

Les essences signalées sont très variées. Les quinze espèces les plus fréquemment citées sont reprises dans le tableau ci-dessous :

Chênes …………………….. 105 Sapins-Epicéas …………….. 31 Oliviers ………………………. 15
Châtaigniers ………………..  51 Hêtres ….………………..….. 25 Tilleuls ……………………….. 10
Cerisiers-Merisiers ………… 39 Peupliers ……………………. 19 Marronniers ………………….. 8
Saules ……………………….. 36 Pommiers …………………… 17 Platanes ………………………. 8
Ormes ……………………….. 33 Frênes ………………………. 16 Erables ……………………….. 6

Le reste des observations porte sur une vingtaine d’autres espèces (noyer, robinier faux acacia, poirier, aulne, pin, bouleau, cèdre, tremble, sorbier, eucalyptus, amandier…). Les essaims s’installent apparemment dans n’importe quel trou d’arbre qui leur convient, quelle que soit l’essence. Le trou de vol était situé à des hauteurs variables, le plus souvent au-dessus de 8 m. Mais certains nids sont logés dans la souche, au départ des racines, notamment dans les oliviers et les chênes. Le trou de vol peut être alors au niveau du sol.

Un tiers des nids se trouvant dans des arbres creux étaient situés en forêt. Les autres se trouvaient dans des haies, des vergers, des parcs… La rareté des observations en forêt est probablement due, selon l’opinion du docteur Canteneur, à la difficulté de les repérer à cause de la densité du feuillage. C’est presque impossible quand la hauteur du trou de vol dépasse 10 m de hauteur. Selon lui, ce n’est qu’au début du printemps, avant la sortie des feuilles, qu’une prospection peut avoir quelques chances de succès, avec l’aide d’une bonne paire de jumelles, de beaucoup de patience et de motivation ajoute-t-il.

Colonie installée dans un chêne creux foudroyé.

 

La plupart de ces colonies forestières ne sont détectées qu’à l’abattage des arbres. Elles sont détruites ou leur survie est sérieusement compromise lorsque la chute brutale de l’arbre brise les rayons, surtout lorsque le nid se trouve à grande hauteur. Mais les abeilles mellifères sont des animaux résistants et résilients. Il cite le cas d’un nid situé à 4,50 m de hauteur dans un épicéa : « L’arbre a été abattu, débardé, chargé sur un camion, transporté, déchargé en scierie, découpé en grumes et c’est alors qu’on s’est aperçu qu’il contenait des abeilles. Le soir, le tronc a été transporté à mon rucher, et la colonie est toujours en vie aujourd’hui. »

Vincent Albouy

Contact : avettes-sauvages@orange.fr

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