Ruches de biodiversité

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POURQUOI UN NICHOIR PLUTÔT QU’UNE RUCHE ?

By on 30 juillet 2017

Offrons des nichoirs aux colonies d’abeilles mellifères. Elles pourront ainsi se développer harmonieusement.

L’apiculture nait quand les hommes ne se sont plus contentés de piller les colonies sauvages d’abeilles mellifères, mais ont commencé à les exploiter plus rationnellement. La première étape fut probablement l’aménagement de volets mobiles dans les troncs creux sur pied, permettant d’accéder facilement aux rayons au moment de la récolte, sans avoir besoin de détruire la colonie. Puis l’étape des ruches-troncs a permis de grouper les colonies près des habitations. Les modèles de ruche se sont ensuite largement diversifiés en fonction des matériaux disponibles sur place et du climat local : ruches en écorce, en bois, en terre crue ou cuite, en paille, en osier pour les plus employés. Les formes varient également : cylindre vertical ou horizontal, cône plus ou moins tronqué, parallélépipède, etc. Au XIXe siècle, les modèles de Dzierzon, Langstroth, Dadant utilisent des cadres de bois aux côtes très précises : la ruche moderne à cadres mobiles est née.

Tous ces perfectionnements visent à simplifier le travail des apiculteurs, et non celui des abeilles. Certains modèles sont plus confortables pour elles que d’autres, mais tous permettent d’accéder au cœur de la ruche, au couvain alors que tout le travail des nourrices vise au contraire à maintenir ce couvain à l’abri des perturbations dans des conditions constantes de chaleur et d’humidité.

Les essaims sauvages peuvent être aidés en leur procurant des abris sûrs et confortables. Leur laisser la libre disposition d’une ruche comporte deux défauts majeurs. D’une part, la durée de vie du bois des ruches laissées sans entretien n’est pas très longue. D’autre part, les éléments (fond, corps, hausse éventuelle, toit) sont simplement posés les uns sur les autres. L’ouverture, donc la perturbation, de la ruche occupée, même si les rayons sont fixes, reste toujours possible. Et c’est la catastrophe en cas de renversement.

Le nichoir à abeilles mellifères est un arbre creux artificiel, au même titre qu’un nichoir à mésange. Il se distingue de ce dernier uniquement par ses dimensions plus importantes. Les nichoirs à chouettes, de plus grande dimension, sont régulièrement colonisés par des essaims sauvages, preuve que ce logement de substitution leur convient.

Le nichoir se distingue de la ruche par l’impossibilité de l’ouvrir pour accéder au cœur du nid quand il est occupé, sauf à causer des dommages importants aux rayons comme aux abeilles. C’est une cavité totalement fermée, mis à part le trou d’envol percé aux dimensions idéales pour les abeilles. Le plafond, sur lequel sont attachés les rayons, est fixe et ne peut être démonté. Le plancher est boulonné, permettant d’accéder à la cavité mais seulement quand elle est inoccupée, pour la nettoyer et la désinfecter si nécessaire. Quand vous accueillez un essaim dans un nichoir, vous ne pouvez plus le déranger pour inspecter le cœur du nid.

Nichoir à abeilles mellifères installé sur un chêne dans un bois

Cette sanctuarisation du couvain entraîne quelques conséquences comme l’impossibilité de récolter le miel, de manipuler les reines, de traiter contre le varroa ou de nourrir au sucre. La colonie affronte seule les difficultés qu’elle rencontre : approvisionnement fluctuant, parasitisme, maladies. Mais elle le fait avec ses propres armes, en élevant des reines quand elle le souhaite, en bénéficiant de l’intégralité de ses réserves, avec des abeilles qui n’ont pas été affaiblies lors de leur croissance par des refroidissements dus à l’ouverture du cœur de la ruche.

Ce n’est pas une vue de l’esprit. Les études de Jürgen Tautz et de ses collègues à l’université de Würzburg en Bavière ont montré que le cerveau de l’abeille ne se développait bien que dans une plage étroite de température, autour de 36°. Des larves élevées entre 32 et 34° donnent naissance à des abeilles extérieurement très semblables aux autres, mais aux capacités d’apprentissage et de communication, si importantes pour elles, nettement réduites.

Le couvain, bien le plus précieux de la colonie car représentant son avenir

L’évolution de l’agriculture et de la sylviculture depuis près d’un siècle, avec l’abattage systématique des arbres morts ou trop âgés, l’arrachage à grande échelle des haies, l’abandon des conduites en têtard qui favorisaient l’apparition de cavités, a grandement réduit les sites de nidification des abeilles mellifères. En offrant aux colonies sauvages l’opportunité de nicher dans des arbres creux artificiels convenant exactement à leurs besoins, vous augmentez leur chance de survie dans un monde où les menaces qui pèsent sur elles, des pesticides à la famine en passant par les maladies, les parasites et les prédateurs introduits par l’homme, ne cessent de s’accentuer. Ainsi elles pourront affronter au mieux la sélection naturelle, et les souches qui survivront seules démonteront leur bonne adaptation à ces conditions difficiles.

Vincent Albouy

Contact : avettes-sauvages@orange.fr

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