Ruches de biodiversité

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Aucune intervention depuis 30 ans

By on 29 décembre 2016

Rencontre avec Guy

Fin d’été 2016, j’ai eu la grande joie de rencontrer Guy Aubry, en Meuse (55). Une grande joie car la vie nous apporte plus de doutes que de réponses. Et cette rencontre a apporté de la lumière.

Il m’a toujours semblé tellement incohérent de prétendre sauver durablement les abeilles en introduisant des acaricides dans leur nid. Je lisais il y a encore deux semaines : « Le premier fléau de l’abeille domestique est le varroa» sur une liste web apicole belge.

Un peu agacé, je l’avoue, je répondais :

« Le véritable fléau de l’abeille n’est pas le varroa qui ne concerne à ce jour qu’une seule espèce d’abeille sur 1000. Les véritables enjeux sont autour de notre environnement végétal. Toutes les associations qui prétendent sauver l’abeille en se concentrant sur une seule abeille « domestiquée » sont des leurres. On ne sauve pas les oiseaux en installant des poulaillers ! »

Une des réponses fut : « Chère Madame, on vous a bien lavé le cerveau ».

Inutile d’insister. Je constate que la moindre interrogation, la moindre remise en cause de « pratiques » apicoles amènent des levées de boucliers. Remettre en cause des pratiques, réfléchir à d’autres modes de fonctionnement est assimilé à des attaques personnelles. Combien de fois ai-je entendu «  ca fait plus de 20 ans que je pratique… » sous-entendu – mes pratiques sont indiscutables-.

Alors, quand je rencontre quelqu’un comme Guy, quel bonheur ! J’arrive un début d’après midi de septembre et on fait le tour de son jardin puis de ses ruches. Dès les premiers mots, nous partons dans un échange passionné. Pauline est là, une jeune femme que Guy accompagne dans sa démarche de découverte des abeilles.

Guy est maire d’une petite commune, aviculteur, apiculteur-amateur depuis les années 70 avec une trentaine de ruches. 30 ruches reste une grande quantité à mes yeux et leur répartition en 3 groupes ne me rassure pas sur les impacts potentiels sur les autres espèces d’abeilles. L’approche globale est cependant très intéressante. La quantité de ruches permet une approche (amateur) extensive. Guy récolte très peu sur chacune d’elle en tenant compte de la saison. Il ne pratique aucune transhumance. Il ne pratique aucun traitement depuis plus de 30 ans.

Dans son jardin, il me montre une ruche « sans intervention » depuis 15 ans.

Sur un autre rucher, quelle surprise fabuleuse de découvrir cette autre ruche en lisière, à demi recouverte de lierre, dans laquelle nichent des abeilles à miel depuis plus de 30 ans. Celle-ci, il ne l’ouvre jamais et ne récolte pas de miel du tout. Une ruche sauvage.

D’un point de vue de la pratique apicole, Guy laisse toujours le corps de ruche et une première hausse sans intervention (donc un gros volume de stockage pour les abeilles). Ce n’est qu’après le colza qu’il installe une autre hausse. Cette hausse et uniquement celle-ci sera récupérée en septembre. Ces ruches ne sont pas vitrées et je ne sais donc pas comment évoluent les cires sur une période aussi longue. Mais c’est bien un sujet sur lequel je compte approfondir mes connaissances car je ne suis pas certaine, mais alors pas certaine du tout, que les cires achetées et gaufrées contribuent au parfait épanouissement des abeilles. En tout cas, chez Guy, dans un environnement plutôt correct, dans leurs cires naturelles et sans traitement acaricide, elles sont en bonne santé.

Guy vient d’être nommé Représentant Apicole par le président de la Chambre Régionale d’Agriculture Grand Est.

Merci Guy et à très bientôt. Tu risques de me voir souvent.

 

Karine Devot – Apicool
http://www.apicool.org/
Création et accompagnement de projets « Abeilles et biodiversité »

 

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